Revenu de solidarité active
Les exploitants agricoles très frileux vis-à-vis du
RSA
L’image négative accolée au revenu de solidarité active (RSA)
et un dispositif complexe d’évaluation et de mise en œuvre expliquent qu’une
majorité d’exploitants agricoles en difficulté tournent le dos au RSA,
selon un rapport de l’administration.
Un rapport conjoint
de l’Inspection générale des affaires sociales (IGAS) et du ministère de
l’Alimentation, de l’Agriculture et de la Pêche intitulé « L’accès des
non-salariés agricoles au revenu de solidarité active » et publié le
1er mars, révèle qu’un an après sa mise en œuvre, le RSA « n’a pas rencontré le
« succès » escompté » chez les exploitants agricoles. Et cet
insuccès se retrouve d’ailleurs dans les autres catégories
socioprofessionnelles. Le nombre de bénéficiaires chez les exploitants est de
près de 10 000, et jusqu’à 13 500 si l’on tient compte des dossiers en
attente de traitement.
« Pis aller »
Malgré les crises
structurelles de filières agricoles, les aléas climatiques ou sanitaires, la
pauvreté de certaines zones rurales ou de montagne et la baisse des revenus
agricoles ces deux dernières années, il semble que le RSA « se heurte en partie à des blocages
psychologiques chez les intéressés », affirme le rapport. Le RSA n’a « pas réellement changé l’image du
RMI » qu’il a remplacé le 1er juin 2009 dans une logique
d’incitation à l’activité, expliquent les auteurs du rapport Michel Raymond de
l’IGAS et Sophie Villers pour le ministère de l’Agriculture. Or quelle était
l’image négative du RMI sinon la vexation voire l’humiliation ressentie par le
bénéficiaire, liée à une situation d’assistanat ou de « perfusion »
sociale ? Toujours selon ce rapport, les organisations professionnelles
agricoles jugent que l’agriculture « doit permettre aux agriculteurs de
vivre de leur travail » et que le RSA « n’est qu’un pis
aller ».
De plus, le rapport
évoque des retards de traitement importants des dossiers de demandes « inadmissibles lorsqu’il s’agit d’un
revenu minimum ». Il évoque aussi « la lourdeur » et « la complexité » du
dispositif RSA. Les outils informatiques et Internet du RSA conçus par la Caisse
nationale des allocations familiales (CNAF) se sont avérés difficilement
utilisables techniquement par les caisses de MSA, d’autant que ces dernières
vivaient une profonde réorganisation structurelle lorsque que le RSA fut
lancé.
Evaluation complexe des revenus
Mais les plus grandes
difficultés proviennent « de
l’évaluation des revenus professionnels agricoles » et « des choix effectués par les Conseils
généraux, décisionnaires de par la loi, en matière de délégation conventionnelle
de pouvoir aux caisses et de procédures d’évaluation de ces revenus »,
souligne le rapport. Cette procédure d’évaluation est en effet complexe et
génère des interprétations diverses sur le territoire.
Les auteurs du rapport formulent donc plusieurs
recommandations dans le sens d’une simplification du dispositif. Il s’agit
d’accélérer le traitement des dossiers « par une procédure plus simple et plus
équitable (…) tout en gardant la
possibilité d’un examen plus ciblé lorsque la situation (de l’exploitant,
ndlr) l’exige ». Le rapport
recommande ainsi d’utiliser systématiquement le dernier bénéficie fiscal
(forfaitaire ou au réel) des exploitants pour évaluer leurs revenus, tout en
permettant un examen de situation actualisée dans le cas où des aléas
climatiques par exemple rendraient le bénéfice fiscal « obsolète » en tant qu’outil
d’évaluation.